Monsieur le Président,

Excellences,

C’est pour le Président de l’Etat Rwandais un grand plaisir et une satisfaction profonde de pouvoir, pour la première fois, parler à cette éminente Assemblée, d’exprimer à l’Organisation des NationsUnies les veux les plus sincères que forme pour Elle le Peuple tout entier.

De cette occasion qui m’est offerte, je remercie vivement en particulier Messieurs le Président et le Secrétaire Général des NationsUnies ainsi que ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à aider la République Rwandaise à parvenir à son Indépendance et à avoir sa place au milieu des Nations adultes et libres.

Quelle joie profonde en effet aujourd’hui pour moi, pour le Gouvernement Rwandais et pour les habitants de la République Rwandaise, devenus membre de l’organisation des Nations-Unies, et à même ainsi de contribuer à la réussite des buts de l’organisation, qui sont le progrès de l’Humanité dans la paix et la coopération.

Ce souhait a toujours été l’idéal du Rwanda, de ses leaders au cours des événements successifs qui ont libéré le Peuple que ma modeste personne représente au milieu de vous aujourd’hui.

Obéissant vous-mêmes à l’objectif de notre Organisation, vous avez été, Messieurs, amenés a prendre des résolutions en vue de nous aider à résoudre nos problèmes.

Les problèmes ont été résolus : le Rwanda a été libéré successivement d’un régime interne contraire aux principes élémentaires de liberté, libéré d’un régime colonial qui est devenu périmé pour tous les peuples. Et cette libération s’est faite progressivement et sans heurts. Le départ des troupes étrangères lui-même s’est opéré sans difficultés.

Grâce à la discipline à laquelle sont formées nos jeunes forces de l’ordre, la République Rwandaise est dans la paix, le peuple est au travail, le Gouvernement travaille d’arrache-pied, avec entrain et courage : une certaine austérité caractérise nos méthodes, nos attitudes, nos dépenses, commandée par la considération réaliste des moyens dont dispose un jeune état indépendant, commandée par le souci qu’ont les dirigeants du Rwanda à tout consacrer à ce qui vise réellement l’objectif que nous nous sommes fixés, à savoir le relèvement harmonieux du niveau de vie des populations, le développement démocratique de notre Nation.

Le Gouvernement de la République Rwandaise multiplie les démarches en vue d’établir ou de resserrer les liens d’amitié et de coopération avec les différentes Nations; c’est pour cela, pour ne citer qu’un exemple, que j’ai tenu à assister moi-même aux conversations qui ont réuni les Etats de l’Union Africaine et Malgache et mon Pays ne manquera jamais à tout carrefour qui aura pour objectif de rendre effective la solidarité des groupes et des Nations.

C’est dans cet esprit que des missions gouvernementales, dirigées par nos Ministres des Relations Extérieures et du Plan, celui de l’Economie et celui de l’Agriculture, sont en route dès le lendemain de  notre Indépendance, en vue d’établir des contacts, afin d’assurer au Rwanda indépendant les moyens, d’une part, de pousser le développement de notre Pays et d’autre part, de contribuer au progrès général et à la coopération dans l’amitié et la liberté auxquelles se consacre l’organisation des Nations-Unies.

C’est dans cet esprit que la République Rwandaise est heureuse de se trouver membre de cette Assemblée.

La paix à l’intérieur des Nations et entre elles, la liberté des Peuples et leurs Coopération dans tous les domaines du progrès humain, le respect des valeurs ethniques de justice et de tolérance, l’entraide entre les pays riches et les nations prolétaires connue sous le nom de l’assistance technique et financière, seront autant les leitmotive qui guideront nos Représentants.

Nous sommes aux côtés de ceux qui ont déjà tant travaillé pour la décolonisation réelle qui débouche sur des conditions meilleures de développement et de progrès.

Nous sommes aux côtés de ceux qui luttent pour le partage équitable des biens dont dispose le progrès sous les formes multiples de l’assistance technique et financière.

Nous sommes aux côtés de ceux qui veulent enrayer des basées sur la discrimination et la violence.

Nous sommes aux côtés de ceux qui s’emploient à créer ou renforcer d’une façon réaliste des organes communs de coopération entre différentes Nations.

Nous sommes aux côtés de ceux qui cherchent tous les moyens pacifiques de garantir et promouvoir l’exercice le plus plein possible des libertés fondamentales.

Nous sommes aux côtés de tous ceux qui encourageront efficacement le progrès du mouvement contemporain de l’assistance technique aux pays moins avancés. Ces pays constituent un groupe considérable et pour l’ensemble des Nations quelle source de déséquilibre si les Nations moins développées ne recevaient pas des plus favorisées la part d’aide qui doit être donnée.

Je prends ici l’occasion de remercier l’Assemblée et le Secrétariat Général des Nations-Unies pour le souci qu’ils n’ont cessé d’avoir relatif à l’assistance technique à mon Pays. Des experts sont déjà en place, recevant pour les transmettre au Secrétariat les requêtes du Gouvernement ou étudiant avec nos Services les projets de développement que nous avons entrepris ou que nous voulons entreprendre.

Je fais appel à tous ceux qui auront à examiner ou approuver les requêtes présentées par mon Gouvernement pour qu’ils les reçoivent favorablement, je fais ce même appel en faveur des demandes d’assistance introduites par les Nations nouvellement accédées comme nous à l’Indépendance.

Il est clair, en effet, que cette action n’est que le prolongement de l’action de libération menée par l’Organisation par l’octroi de l’Indépendance aux peuples colonisés.

Il est temps que le mouvement de libération quitte le stade préliminaire de l’octroi de l’indépendance pour passer à une action plus intensive de développement économique, social et culturel de ce que l’on appelle aujourd’hui, non sans signification, le Tiers-Monde.

Je voudrais prendre cette occasion, Excellences, pour remercier à nouveau les Pays membres des Nations-Unies qui ont pu s’associer à nos festivités du premier juillet ou qui nous ont envoyé des télégrammes de vœux et d’encouragement, ainsi que tous ceux qui hâtent les démarches pour tenir avec la République Rwandaise les meilleures relations diplomatiques.

L’appartenance de la République Rwandaise à l’Organisation des Nations-Unies contribuera à rendre ces relations plus efficaces pour le Rwanda et pour la réussite des objectifs des Nations-Unies.

En mon nom, au nom du Gouvernement Rwandais, au nom du Peuple Rwandais tout entier, je formule à nouveau les espoirs les plus vifs de voir l’Organisation des Nations-Unies, après avoir terminé la première phase de son objectif, à savoir celle de la décolonisation, entrer dans sa phase qui sera plus longue à savoir : une action intensive pour consolider la paix et la coopération entre les Nations et pour favoriser efficacement le développement des régions moins développées. C’est cette action qui soutiendra le progrès et l’équilibre du Monde, qui sont, somme toute, la fin dernière de l’Organisation des Nations-Unies.

New-York, le 18 septembre 1962.

Grégoire KAYIBANDA.